Déroulé de l'exercice
📋 Comment le mener
Les joueurs évoluent librement dans l’espace, sans consigne de jeu pour commencer. L’objectif est simple : choisir une attitude — c’est-à-dire une disposition fondamentale du personnage — et l’imprégner dans le corps de manière progressive.
Étape 1 — Choisir le mantra. Chaque joueur choisit une formule courte, intime et sans ambiguïté. Pas une émotion, une posture existentielle : « Je suis à cran », « J’aime tout le monde », « Passez votre chemin ! », « J’ai peur de tout ». Il la répète intérieurement en marchant.
Étape 2 — L’infusion du bas vers le haut. L’attitude s’installe d’abord dans les pieds et les jambes. Le joueur explore ce que ça signifie d’avoir des jambes « décontractées » ou « à cran », sans surjouer. La sensation monte : hanches, bassin, poitrine, épaules. Elle remonte la colonne, envahit la nuque, le crâne, et vient finalement se loger dans les sourcils, le regard, la forme de la bouche, l’extrémité de la langue.
Étape 3 — Monter le volume, puis retenir. Le joueur peut mentalement « crier » son mantra — puis le ravaler. Ce qu’il garde en lui suffit à modifier sa façon de parler, d’occuper l’espace, de regarder les autres.
Étape 4 — La superposition (cœur de l’exercice). Sur cette attitude déjà présente, l’animateur invite les joueurs à ajouter une couche physique : la démarche d’un animal, un centre moteur dans une partie précise du corps. La combinaison des deux produit un personnage qui se tient seul — le joueur n’a plus qu’à le laisser traverser des situations.
Étape 5 — Mise en jeu. Les joueurs interagissent deux par deux ou en scène libre. Ils ne changent rien à leur attitude : ils la promènent dans la situation.
La règle d’or : ne jamais abandonner le mantra, même si personne d’autre ne le sait.
Adaptations
🔀 Variantes & Adaptations
Variante 1 — Le marché aux personnages
Après avoir installé leur personnage (animal + attitude), les joueurs circulent dans l’espace et se croisent en silence. L’objectif n’est pas de jouer une scène mais de laisser les personnages cohabiter, se voir, s’éviter ou s’observer. L’animateur peut ensuite stopper la circulation et demander à quelques duos d’improviser une courte scène de rencontre. L’intérêt : isoler la présence du personnage avant d’engager dans la narration. Tu peux aussi le coupler à l’exercice de marche de l’animal.
Objectif pédagogique
🎯 Ce que travaille cet exercice
- Création de personnage — Le joueur apprend à générer un personnage tridimensionnel en quelques secondes, sans passer par la case « qu’est-ce que je vais jouer ».
- Conscience corporelle — L’exercice force à habiter l’intention dans chaque segment du corps, des pieds à la bouche, pour que le geste et la voix découlent d’une même source.
- Lâcher-prise — En s’appuyant sur un mantra intérieur, le joueur court-circuite son intellect et ses tics sociaux : le personnage s’impose plutôt qu’il ne se construit.
- Présence — Maintenir une pensée interne active pendant le jeu développe une présence rayonnante, même dans le silence.
- Geste — La superposition d’une ancre physique (animal, centre moteur) et d’une attitude mentale produit une gestuelle organique, cohérente et surprenante.
Conseils pratiques
💡 Nos conseils
- Commence par l’ancre physique seule. Avant d’introduire l’attitude mentale, laisse le groupe travailler sur un animal ou un centre moteur pendant quelques minutes. Quand la couche physique est installée, l’ajout du mantra est immédiatement spectaculaire.
- Insiste sur la distinction attitude / émotion. C’est le point qui perd le plus souvent les débutants. L’attitude est une disposition permanente du personnage (« j’ai peur de tout ») ; l’émotion est ce qui se passe dans la scène (« je me détends un instant »). Un personnage fondamentalement méfiant peut sourire — sans perdre son attitude.
- Observe les pieds avant le visage. Les joueurs ont le réflexe de « faire la tête » du personnage. Rappelle-leur de commencer par le bas. Quand les jambes et les hanches ont changé, le visage suit naturellement — et c’est beaucoup plus juste.
- Propose des mantras forts au début. Les premières fois, oriente vers des formules à fort ancrage physique : « Je suis épuisé », « Je bouillonne », « Je suis invisible ». Les attitudes trop abstraites (« Je suis un philosophe ») peinent à s’incarner.
- Débrieffe sur l’intérieur, pas sur le résultat. Demande à chaque joueur ce qu’il pensait, pas ce qu’il faisait. La salle voit souvent bien plus que ce que le joueur croit projeter — c’est une prise de conscience puissante.
- Laisse les personnages voyager dans des contextes variés. Cocktail mondain, salle d’attente, enterrement, supermarché. Plus le contexte est banal, plus l’attitude contraste — et plus le personnage est saisissant.