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Quand l’IA improvise sur scène | Humains contre machine à Tarbes

Une IA peut-elle improviser face à des comédiens ? Retour sur un match humain contre machine à Tarbes. Spontanéité, émotion : qui gagne ?

Par Seb Haméon
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Et si une machine pouvait improviser ? À première vue, l’intelligence artificielle et le théâtre d’improvisation n’ont rien en commun. Pourtant, les deux génèrent du contenu spontané, dans l’instant. C’est ce constat troublant qui a inspiré une expérience insolite : faire monter l’IA sur scène, face à des comédiens. Alors, où se situe vraiment le processus créatif ? Qui, de l’humain ou de la machine, improvise le mieux ? Petit voyage au cœur d’un match pas comme les autres.

Le match humain vs IA à Tarbes

Pour comprendre ce que donne la rencontre entre l’intelligence artificielle et le théâtre d’improvisation, direction Tarbes. Au lycée Marie Curie, une semaine dédiée à l’IA revient chaque année depuis quatre ans. Cette fois (en 2024), une idée insolite est devenue projet : faire monter la machine sur les planches, face à des comédiens.

Le dispositif ? Un vrai match, lors d’une soirée-spectacle. Deux équipes s’affrontent : l’une incarne l’humain, l’autre l’IA. Le public s’installe en tri-frontal, autour de la scène. Au-dessus des joueurs, un écran projette des images générées par IA, en écho aux thématiques du soir. Trois catégories rythment la partie : les rencontres au sommet, les publicités, et le « à la manière de ».

match de lycée marie curie de tarbes

Avant d’entrer dans le jeu, posons le cadre. On peut définir l’IA comme un système capable d’apprentissage, d’adaptation, de synthèse et d’autocorrection pour des tâches de traitement complexe (Popenici & Kerr, 2017). Une approche qui, selon Romero et al. (2023), permet de dépasser l’opposition entre l’intelligence humaine et l’IA et d’envisager des interactions complexes entre les deux. Le match pouvait commencer.

L’art du prompt | Comment l’IA « joue »

Sur scène, l’IA impressionne. Mais méfie-toi de la magie apparente. Le théâtre par IA n’est possible que par une grande préparation humaine et technique, en amont. Rien de spontané côté machine : la réussite arrive au terme d’une longue série d’essais, d’échecs et de corrections.

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Tout se joue dans l’art du prompt, ces instructions qu’on donne au chatbot. Prends la catégorie « rencontres au sommet ». À Tarbes, les équipes ont fait dialoguer Mario, le plombier de Nintendo décidé à quitter son jeu, avec Link, le héros de Zelda qui trouve l’idée absurde. Concrètement, on demande à l’IA d’incarner un personnage, avec des consignes serrées : répliques courtes, didascalies, et attendre la réplique du comédien humain avant de répondre. L’impro se joue donc entre un acteur en chair et en os et la machine. Surtout, pour humaniser les échanges, il faut nourrir l’IA de contexte, d’ambiance et de caractères. Une Cléopâtre autoritaire face à une Olympe de Gouges exaltée, ça ne s’invente pas tout seul.

Même logique pour les publicités. On demande à l’IA d’inventer un spot pour un produit fictif (Larimouch, Miliak, Patakra) en précisant le ton voulu : « expressive et enjouée », « drôle », « avec entrain ». Sans ces consignes émotionnelles, le résultat reste plat. Avec, l’IA contextualise, ajoute des didascalies et accepte toutes les contraintes de temps, de longueur ou de style.

Le corps, le cervelet et le « hic et nunc »

Alors, la machine peut-elle vraiment rivaliser avec le cerveau improvisateur ? Pour répondre, il faut d’abord tordre le cou à un vieux mythe. Longtemps, on a cru que le cerveau humain fonctionnait comme un ordinateur, rempli d’archives mentales bien rangées. Cette idée est à abandonner. Aujourd’hui, le rapport s’est même inversé : ce sont les machines qui s’inspirent de la biologie. Les moteurs de calcul actuels, bâtis en réseaux de neurones profonds, visent l’autoapprentissage. Un algorithme de reconnaissance d’images doit ainsi ingérer des milliards de photos avant de distinguer un ballon de basket d’une orange.

Le cerveau, lui, ne calcule pas froidement. Son secret tient au système corticocérébelleux, qui relie le cervelet au cortex. Ce réseau analyse en continu un flux massif d’informations pour élaborer le meilleur modèle de prédiction. Véritable pilote automatique inconscient, il permet à l’improvisateur de réagir à la fraction de seconde, en libérant sa conscience pour l’instant présent.

Reste l’essentiel : le corps. Contrairement au musicien et son instrument, le comédien n’a que son propre corps pour jouer. L’improvisation théâtrale exige une immersion totale dans l’« ici et maintenant », proche de la pleine conscience. Cette présence scénique, cette urgence éphémère, l’IA désincarnée ne peut pas les reproduire. Sans émotion ni initiative, elle imite ; elle n’habite pas.

Humain vs IA : qui improvise le mieux ? Sur scène, deux façons radicalement différentes de créer
🎭 L’Humain
La source créative Puise dans la chair, la mémoire et l’émotion
La présence scénique Présence totale, « ici et maintenant »
Le rapport à l’erreur Transforme l’erreur en art
VS
🤖 L’IA
La source créative Assemble des données
La présence scénique Désincarnée, sans corps
Le rapport à l’erreur Cherche à minimiser l’erreur
Le verdict L’IA imite, elle n’éprouve rien.

L’erreur, ce moteur que l’IA ignore

Reste un dernier fossé, sans doute le plus profond : le rapport à l’erreur. Une IA est programmée pour une seule chose, minimiser son taux d’erreur et livrer la réponse la plus juste, la plus attendue. L’improvisation fait exactement l’inverse. Elle cultive la pensée divergente, cette capacité à générer une foule d’idées inattendues à partir d’un simple point de départ.

Sur scène, la faute n’est pas un bug. Elle repose sur le lâcher-prise et l’acceptation de l’erreur. C’est tout le sens du fameux « It’s fun to fail! » : rire de ses propres ratés, avec bienveillance envers soi et les autres. Mieux, grâce au principe du « Oui, et… », l’accident devient un moteur narratif sur lequel on rebondit pour créer du neuf. C’est là que l’humain garde une longueur d’avance : il transforme l’accident en art.

Vers une cocréation ?

Au fond, ce match ne laisse aucun doute. L’humain ne gagne pas par hasard : il gagne parce qu’il est vivant. Là où la machine se contente d’assembler des données, l’improvisateur puise dans sa chair, sa mémoire et ses émotions pour faire naître l’inattendu. Cette étincelle-là, aucune IA ne la possède. Elle imite, parfois avec brio, mais elle n’éprouve rien. Le corps qui tremble, le rire qui fuse, l’erreur qui devient trouvaille : voilà ce qui fait la magie de l’impro, et voilà ce que la technologie ne remplacera jamais. L’IA restera un outil au service de l’artiste. Sur scène, c’est l’humain qui garde le dernier mot.

Pour autant, ce n’est pas pour ça que la porte du milieu artistique se referme pour la machine. Bien guidée, elle devient un partenaire d’entraînement, un contradicteur, une source d’idées neuves pour nourrir l’artiste. À l’humain de mener la danse ! Et toi comment vois-tu l’IA au sein de ta pratique artistique ?

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