Déroulé de l'exercice
📋 Comment le mener
Les joueurs travaillent par deux. Le premier, le joueur A, se place au centre du plateau ; le second, le joueur B, se tient sur le côté, en témoin. L’objectif est simple à énoncer et redoutable à tenir : tout se joue dans les yeux.
Le groupe commence par un préambule d’échauffement oculaire, non négociable. Debout, tête parfaitement immobile face au public, chaque joueur tend le bras devant lui et le déplace lentement vers la droite en suivant sa main des yeux, la tête verrouillée dans l’axe. Puis il inverse : le bras part encore à droite, mais les yeux glissent vers la gauche. Cet échauffement casse la coordination réflexe tête-yeux de la vie quotidienne et prévient les tensions dans la nuque.
Vient ensuite la scène. Le joueur A improvise au centre, en totale liberté et en exploitant toutes les ressources de son corps — déplacements, niveaux au sol, mimes d’objets, changements de rythme — mais avec une interdiction absolue : pas un mot, pas un son. Tout passe par le corps.
Pendant ce temps, le joueur B reste parfaitement immobile, corps et tête. Sa seule tâche est d’observer A en temps réel et de renvoyer son énergie, son émotion et ses tensions uniquement par le regard et les micro-expressions du visage. B ne commente pas, ne mime pas : il absorbe l’état de A comme une éponge et le laisse vibrer dans ses yeux. Le public, lui, lit tout le sous-texte de la scène dans ce regard de témoin.
La règle d’or : tête de pierre, yeux vivants.
Adaptations
🔀 Variantes & Adaptations
Variante 1 — Le chœur de témoins. Place trois ou quatre témoins immobiles sur le côté au lieu d’un seul. Chacun renvoie l’état de A à sa manière. On observe alors les écarts de lecture d’un joueur à l’autre, et le groupe prend conscience qu’une même scène se reçoit de mille façons.
Objectif pédagogique
🎯 Ce que travaille cet exercice
- Le regard comme outil de jeu — l’exercice apprend à dissocier les yeux du mouvement de la tête pour faire du regard une arme scénique à part entière, capable de porter une émotion à lui seul.
- L’écoute non verbale — le témoin doit lire, absorber et refléter l’état de son partenaire sans jamais s’appuyer sur la parole ni sur le geste.
- L’économie de moyens — les joueurs découvrent qu’un regard habité tient le plateau bien mieux que l’agitation, et que l’intensité n’a rien à voir avec la dépense d’énergie.
- La présence dans l’immobilité — rester figé face au public tout en restant vivant à l’intérieur est un apprentissage exigeant de la présence.
- La connexion émotionnelle — les deux joueurs apprennent à vibrer à l’unisson, l’un donnant
Conseils pratiques
💡 Nos conseils
- N’oublie jamais le préambule — l’échauffement oculaire n’est pas un gadget. Sans lui, les joueurs réassocient tête et yeux au bout de dix secondes et l’exercice s’effondre. Prends le temps de le faire faire à tout le monde.
- Traque la grimace — dès que le témoin caricature ou « joue » l’émotion pour l’expliquer au public, recentre-le. Rappelle-lui de garder le visage calme et de laisser monter l’état de son partenaire dans la seule vibration du regard.
- Verrouille la tête — c’est le réflexe le plus tenace : B tourne la tête pour suivre les déplacements de A. Insiste, la tête est un bloc, seuls les yeux pivotent dans leurs orbites.
- Ralentis le joueur A — s’il panique dans le silence, il brasse de l’air pour meubler. Demande-lui moins de gestes mais plus de poids et d’intention : son témoin captera d’autant mieux son état.
- Débriefe côté public — demande aux spectateurs ce qu’ils ont réellement lu dans les yeux de B. C’est souvent plus riche et plus précis que ce que les joueurs croient avoir donné.
- Fais tourner les rôles — chacun doit passer par les deux positions. Recevoir en témoin et donner au centre sont deux apprentissages complémentaires.