Déroulé de l'exercice
📋 Comment le mener
Les comédiens se répartissent par deux, A et B, dans tout l’espace de jeu. Tous les binômes jouent en même temps, ce qui libère les plus timides du regard du groupe. L’objectif : montrer qu’une phrase sans intérêt peut déclencher une scène d’une intensité folle, à condition que le partenaire y réagisse avec une passion démesurée.
- L’amorce neutre. A prononce calmement une phrase factuelle, sans enjeu : « C’est mardi », « Il fait chaud », « Voici ton café ».
- L’explosion. B reprend la phrase et la sur-accepte en lui donnant une portée immense, avec une émotion poussée à l’extrême : terreur, extase, chagrin, colère, amour fou. Le corps entier s’engage : il chancelle, s’effondre, grimpe, déclame.
- Le retour au calme. Quand B a exploré la limite de son émotion, il s’apaise, revient vers A et lui adresse à son tour une affirmation neutre.
- L’inversion. A reçoit cette phrase et explose à son tour. Les joueurs alternent ainsi plusieurs passages.
Règle d’or : ce n’est pas la proposition qui fait la scène, c’est la façon dont on la reçoit.
Adaptations
🔀 Variantes & Adaptations
Variante 1 — L’émotion imposée
L’animateur annonce une émotion avant chaque amorce : jalousie, panique, gratitude. Les joueurs doivent trouver une justification à cette émotion, quelle que soit la phrase reçue. Idéal pour travailler la palette émotionnelle et l’inventivité.
Variante 2 — En scène devant le groupe
Un seul binôme joue face au public. Le regard des autres augmente l’enjeu du lâcher-prise et permet au groupe d’observer ce qui rend une sur-acceptation convaincante.
Objectif pédagogique
🎯 Ce que travaille cet exercice
- La sur-acceptation : chaque proposition, même la plus plate, devient un cadeau. Les joueurs apprennent qu’une scène naît de l’intensité de la réaction, pas de l’originalité de l’amorce.
- Le lâcher-prise : l’autorisation explicite de surjouer fait sauter le filtre du « raisonnable ». Le joueur ose enfin le niveau 10 sans craindre le ridicule.
- L’engagement corporel : une émotion extrême ne tient pas dans une tête qui parle. Le souffle, le regard, les bras et les déplacements prennent le relais.
- Les changements émotionnels : le passage brutal du calme à l’explosion, puis de l’explosion au calme, entraîne les joueurs à moduler leur intensité en un instant.
- L’écoute et la réception : pour relancer, il faut avoir vraiment entendu ce que l’autre vient de dire, jusqu’au dernier détail de sa tirade.
Conseils pratiques
💡 Nos conseils
- Pousse jusqu’au bout. La plupart des joueurs s’arrêtent à 6 ou 7 sur l’échelle émotionnelle. Coache depuis le bord : « Encore ! Plus loin ! Le corps aussi ! »
- Soigne le contraste. La phrase neutre doit être vraiment neutre. Si elle est déjà chargée, l’explosion perd son effet. Insiste sur le calme absolu avant chaque bascule.
- Repère les explosions qui tournent à vide. Crier fort ne suffit pas. Une bonne sur-acceptation donne un sens à la phrase reçue (« mardi, c’est le jour de ma mort ! »). Encourage les joueurs à justifier leur émotion.
- Veille à la sécurité. Les chutes et les montées sur chaise arrivent vite. Rappelle l’espace disponible et la règle du corps qui se protège.
- Débriefe sur le ressenti. Demande au groupe ce qui a été le plus difficile : lancer une phrase plate ou s’autoriser l’excès ? Fais le lien avec les scènes où l’on rejette une proposition parce qu’on la trouve « nulle ».