Déroulé de l'exercice
📋 Comment le mener
Un seul comédien passe à la fois, le reste du groupe est spectateur. L’animateur pose le postulat avant de commencer : un oncle extrêmement riche offre au comédien un soutien financier total et illimité. Plus de loyer, plus aucun souci matériel. Une seule condition : produire ou créer quelque chose, à son propre rythme, avec ses deux mains (sculpter, peindre, cuisiner, coudre, réparer un violon, jardiner…). Le comédien peut s’installer dans l’habitat ou l’atelier de ses rêves, n’importe où sur la planète : un penthouse, une cabane en forêt, un laboratoire de pointe, une cuisine étoilée.
- La neutralité de départ. Le comédien s’installe dans l’espace avec pour seul mobilier une chaise, un banc ou un cube. Il ne part ni d’une idée ni d’un scénario : il s’assoit, ferme les yeux ou regarde ses mains. Ce sont elles qui font émerger le désir de faire.
- La prise en main des outils. Il saisit l’outil imaginaire (pinceau, marteau, aiguille, archet, couteau de chef) en éprouvant précisément sa forme, sa texture, sa température et son poids.
- Le travail en temps réel. Il accomplit sa tâche dans un silence absolu, sans accélérer ni sauter d’étapes.
- L’apparition du décor. À mesure que le geste s’installe, la précision de la manipulation fait apparaître l’environnement : dimensions du plan de travail, tiroirs, revêtement du sol, lumière de la fenêtre, climat, bruits alentour.
Tout au long du passage, le comédien ne mime pas pour montrer ou expliquer ce qu’il fait : il accomplit la tâche pour lui-même, dans une attitude de solitude publique. Aucun autre comédien n’intervient.
Ce sont les mains qui fabriquent le lieu, pas la tête.
Adaptations
🔀 Variantes & Adaptations
Variante 3 — Deviné le lieu
Après le passage, chaque spectateur note par écrit le lieu, le moment de la journée et l’objet fabriqué, puis on compare avec ce que le comédien avait en tête. Le comédien ne connaît pas cette étape à l’avance, pour ne pas glisser vers la démonstration. On mesure ainsi la lisibilité d’un geste juste.
Objectif pédagogique
🎯 Ce que travaille cet exercice
- Précision du geste : faire exister des objets imaginaires par leur forme, leur poids, leur texture et leur température, jusqu’à ce que le lieu se construise au plateau.
- Mémoire sensorielle : aller chercher dans le corps le souvenir réel d’un outil, d’une matière, d’une résistance.
- Patience et temps réel : lâcher l’urgence d’inventer une histoire pour habiter pleinement la lenteur d’une tâche concrète.
- Solitude publique : rester absorbé dans son action sous le regard du groupe, sans chercher à montrer, à faire rire ni à séduire.
- Moteur d’action : l’obligation de produire empêche la passivité ; l’action physique devient la source première de l’imaginaire.
Conseils pratiques
💡 Nos conseils
- Laisse le temps du démarrage. Les premières secondes, yeux fermés ou fixés sur les mains, peuvent paraître longues. C’est pourtant là que se joue la qualité du passage : ne relance pas trop tôt.
- Traque la démonstration. Un geste grossi, un coup d’œil vers la salle, une mimique qui « explique » : le comédien joue pour le public. Recentre-le sur la matière plutôt que sur le résultat.
- Observe la constance des objets. Un établi qui change de hauteur, un outil posé qui disparaît : note-les pour le débrief, sans couper le passage.
- Annonce une durée à l’avance. Huit à dix minutes, signalées d’un mot calme à la fin. Le comédien sait qu’il a le temps et n’a rien à « conclure ».
- Débriefe par ce qui a été vu. Demande d’abord aux spectateurs de décrire le lieu, la lumière, la saison, l’objet fabriqué. Puis le comédien raconte ce qu’il voyait. Les écarts sont aussi instructifs que les coïncidences.
- Valorise la patience. Un passage qui semble « ne rien raconter » est souvent le plus juste. Félicite l’ancrage et la lenteur plutôt que l’inventivité spectaculaire.