Déroulé de l'exercice
📋 Comment le mener
Deux ou trois comédiens s’installent sur un plateau nu ou sur des chaises face au public, le reste du groupe observe. L’objectif : lire l’intention cachée derrière un geste ordinaire et lancer la scène sur cette lecture.
- Le geste. Le comédien A fait un geste simple et quotidien en direction de son partenaire : poser la main sur un genou ou une épaule, rajuster son col, se passer la main dans les cheveux, pointer un endroit sur la table, tendre la main ou un objet imaginaire.
- La lecture. Le comédien B prend un temps pour recevoir le geste et lui attribue une charge relationnelle forte, dans l’un des trois grands registres : l’affection (réconfort, tendresse, complicité), l’autorité (rappel à l’ordre, menace implicite, statut haut) ou le rejet (gêne, intrusion, besoin de distance).
- Le cadeau. B lance la scène par une réplique et une posture qui valident cette lecture. Une main posée sur le genou peut devenir « Merci d’être là, je sais que tu ne me laisseras pas seul face au médecin » ; un tapotement sur le poignet, « Je sais quelle heure il est, Monsieur le Directeur… » ; une poussière époussetée sur l’épaule, « Ne me touche pas ! Être mon frère ne te donne pas tous les droits ! »
- Le « oui, et ». A accepte immédiatement la proposition et la scène se développe sur cette base relationnelle.
Sur scène, aucun geste n’est gratuit : le moindre mouvement du partenaire est une offre à saisir.
Objectif pédagogique
🎯 Ce que travaille cet exercice
- Écoute du non-verbal : on apprend à voir ce que le corps du partenaire raconte avant même qu’il ouvre la bouche.
- Endossement : on donne un sens, une histoire et une charge affective à un geste qui n’en avait pas, et on en fait un cadeau pour le partenaire.
- Relation et statut : la scène démarre directement sur un rapport clair (tendresse, autorité, rejet) au lieu de bavardages polis.
- Acceptation : celui qui a fait le geste valide le sens qu’on lui prête et construit dessus, sans corriger ni négocier.
Conseils pratiques
💡 Nos conseils
- Demande des gestes vraiment banals. Si A fait un geste déjà très chargé, il prépare la scène à la place de B. Plus le geste est neutre, plus la lecture de B devient un vrai travail d’endossement.
- Interdis la description du geste. « Je vois que tu poses ta main sur mon genou pour me montrer que tu m’aimes » tue la scène. Rappelle à B de réagir à l’émotion que le geste provoque, pas de l’expliquer.
- Garde la sincérité, même dans la comédie. Transformer chaque geste en gag absurde fait perdre l’enjeu. Le rire vient mieux quand le sous-texte est joué pour de vrai.
- Fais vivre le geste toute la scène. Le geste ne sert pas qu’à la première réplique : la proximité, la tension ou la distance qu’il a créée doit continuer d’irradier jusqu’au bout.
- Varie les registres d’un passage à l’autre. Un même geste peut être rejoué et lu tour à tour en affection, en autorité et en rejet : c’est la meilleure démonstration qu’on « propose toujours quelque chose ».