Déroulé de l'exercice
📋 Comment le mener
Les deux joueurs s’installent face au public : le premier assis sur une chaise, mimant une feuille et un stylo imaginaires, le second debout à côté de lui, en position de soutien. L’objectif est simple à énoncer et redoutable à tenir : écrire une lettre à deux voix, sans savoir à l’avance où elle va.
La scène démarre sans caucus. Le joueur assis pose sa feuille imaginaire et lance la phrase d’ouverture imposée : « Maintenant, il faut qu’on lui dise. » À partir de là, les deux comédiens alternent : chacun apporte un morceau de phrase, une information, une idée, que le joueur assis mime aussitôt en train d’écrire. Le groupe avance ainsi par petites touches, comme un mille-feuille qu’on empile couche après couche.
Le point de bascule de l’exercice, c’est la règle de l’encre indélébile : tout ce qui est dit est écrit, et rien ne peut être nié ni gommé. Interdiction de revenir en arrière, de corriger le partenaire ou de couper une proposition. Chaque idée doit être accueillie et nourrie par une suivante.
La scène se termine quand les deux joueurs décident, ensemble, de signer la lettre. Cette signature doit éclairer trois choses : qui sont les auteurs, à qui ils écrivent, et pourquoi cette lettre existe.
La règle d’or de l’exercice tient en une phrase : ce qui est écrit est écrit, à toi de faire avec.
Adaptations
🔀 Variantes & Adaptations
Variante 1 — Le mot à mot. Les deux comédiens composent la lettre en ne prononçant qu’un seul mot à la fois, chacun leur tour. Le rythme haché empêche toute anticipation et fait taire le censeur intérieur – une variante idéale pour des joueurs qui réfléchissent trop avant de parler.
Variante 2 — La lecture croisée. Assis face au public sans se regarder, le premier joueur lit à voix haute la lettre qu’il vient de recevoir pendant que le second mime l’écriture de sa réponse en direct, puis les rôles s’inversent. Elle travaille la fluidité des transitions et la capacité à improviser une suite cohérente à partir d’un texte qu’on découvre en même temps que le public.
Objectif pédagogique
🎯 Ce que travaille cet exercice
- Écoute active : chaque joueur doit capter exactement ce que l’autre vient de dicter pour l’écrire ou le prolonger – impossible de suivre sa propre idée en parallèle.
- Coopération : la lettre n’appartient à personne, elle se construit à deux, phrase après phrase, sans qu’un joueur ne tire la couverture à lui.
- Lâcher-prise : la règle de l’irréversibilité oblige à accepter ce qui vient d’être posé, même quand ça part ailleurs que prévu.
- Narration spontanée : les deux comédiens font émerger une histoire cohérente – un enjeu, des personnages, un dénouement – sans jamais s’être concertés avant.
- Relations : le contenu de la lettre révèle peu à peu qui sont les deux auteurs l’un pour l’autre, et à qui ils s’adressent.
Conseils pratiques
💡 Nos conseils
- Verrouille la règle de non-négation dès le départ. Dis-le clairement avant de lancer l’exercice : personne ne peut dire « non, n’écris pas ça ». C’est le cœur de l’exercice, pas un détail.
- Repère qui monopolise la dictée. Si un joueur debout impose tout le texte sans laisser l’autre respirer, interviens en side-coaching pour rééquilibrer l’échange.
- Casse les débuts de phrase en « mais » ou en refus déguisé. C’est souvent là que se cache la peur de perdre le contrôle de l’histoire – recentre tout de suite sur l’acceptation.
- Laisse le silence exister avant la signature. Ce flottement est normal : les joueurs cherchent comment clore l’histoire qu’ils viennent de construire, ne comble pas ce vide trop vite.
- Pousse vers l’enjeu, pas vers la météo. Si la lettre reste sur des banalités sans tension, relance en coaching : « qu’est-ce que cette lettre a vraiment besoin de dire ? »
- Débriefe sur l’écoute avant l’histoire. Demande aux joueurs s’ils se sont sentis portés par l’autre ou s’ils ont dû lutter pour imposer leur direction – c’est souvent plus révélateur que le contenu de la lettre elle-même.