Déroulé de l'exercice
📋 Comment le mener
Les comédiens travaillent en duo, devant le groupe ou en simultané dans l’espace. Chaque duo répartit deux rôles bien tranchés. Le comédien A est le bloqueur absolu : il refuse, ignore, contredit et nie toutes les propositions verbales et physiques de son partenaire. Le comédien B est l’accepteur inconditionnel : il intègre chaque blocage comme une vérité de la scène et s’en sert pour avancer.
Le déroulement est simple :
- B lance une première offre, souvent banale : un salut, un geste, une entrée.
- A la bloque, par la parole ou par le corps.
- B accepte ce blocage et le justifie immédiatement en lui donnant un sens dans l’histoire.
- A bloque cette nouvelle information, B l’accepte à nouveau, et ainsi de suite.
Par exemple, B entre et dit « Salut ! ». A l’ignore et regarde ailleurs. B enchaîne : « Tu as raison de m’ignorer, après ce que je t’ai fait hier… ». A, glacial : « Je ne vous connais pas. » B : « Ta mémoire a encore empiré… C’est dur d’entendre ça de son propre frère. » A : « Je suis fils unique ! » B : « C’est ce que nos parents t’ont fait croire pour te cacher mon existence. »
Après deux ou trois minutes, les comédiens inversent les rôles.
Règle d’or : on ne peut pas tuer une scène tant qu’un seul des deux comédiens accepte tout.
Adaptations
🔀 Variantes & Adaptations
Variante 1 — La sur-acceptation
B ne se contente plus d’accepter : il réagit à chaque blocage avec une intensité émotionnelle démesurée. Un simple « non » devient un drame, un regard ailleurs une trahison historique. Cette variante, chère à Keith Johnstone, entraîne à faire d’un détail un événement théâtral et ouvre la porte au jeu d’émotions fortes.
Variante 2 — Le bloqueur secret
Seul A connaît sa consigne de blocage. B pense jouer une scène classique et découvre la résistance en cours de route. L’exercice se rapproche des vraies conditions de scène et teste la capacité de B à accepter sans être prévenu.
Objectif pédagogique
🎯 Ce que travaille cet exercice
- L’acceptation : le joueur apprend à considérer tout ce qui arrive sur scène comme une réalité, même un refus, un silence ou un regard fuyant.
- La transformation créative : chaque blocage devient une information sur le personnage, la relation ou le passé commun.
- La réactivité : l’accepteur n’a pas le temps de préparer. Il rebondit à chaud sur ce que l’autre vient de lui imposer.
- L’écoute active : pour accepter un blocage, il faut d’abord le voir. Un détournement de tête ou un bras croisé compte autant qu’une réplique.
- La sérénité face au partenaire difficile : l’exercice désamorce la peur du « mauvais » partenaire en exposant le joueur au pire cas possible.
Conseils pratiques
💡 Nos conseils
- Autorise vraiment le blocage : beaucoup de comédiens A n’osent pas bloquer franchement et finissent par accepter malgré eux. Rappelle-leur que leur mission est de résister. Plus A est obstiné, plus B progresse.
- Surveille les « non mais » : un B qui argumente, se justifie ou tente de convaincre A ne joue pas l’exercice. Il ne doit pas réparer le blocage, il doit le prendre tel quel.
- Valorise les blocages physiques : un regard évité, un pas en arrière, un silence sont des offres riches. Invite B à les accepter aussi, pas seulement les répliques.
- Fais émerger la relation : les meilleures acceptations disent quelque chose du lien entre les personnages (rancune, secret de famille, amour déçu). Pousse B à aller vers la relation plutôt que vers l’anecdote.
- Débriefe sur les deux rôles : demande à chacun ce qu’il a ressenti. Le bloqueur découvre souvent qu’il est frustrant de ne jamais réussir à arrêter la scène. Le constat est précieux pour tout le groupe.
- Fais le lien avec le spectacle : explique que cet outil sert face à un partenaire tétanisé ou à un spectateur invité sur scène. Accepter tout ce qu’il fait le rassure et fait avancer l’histoire.