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Quand le cinéma improvise | 17 films à voir

Découvre 16 films cultes tournés sans scénario fixe, où les acteurs ont improvisé dialogues et scènes en direct. Une autre façon de faire du cinéma.

Par Seb Haméon
5/5 (1 avis)
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Tu penses que l’impro, c’est juste pour la scène ? Détrompe-toi. Depuis les années 70, une poignée de réalisateurs ont osé le même pari que toi chaque semaine en atelier : lâcher le texte, faire confiance au moment présent, et laisser les acteurs construire la scène en direct. Résultat : des films cultes, parfois chaotiques, souvent géniaux, où l’improvisation n’est pas un gadget mais la matière première du récit. De This Is Spinal Tap à Climax, voici 17 films qui ont fait de l’oui, et… leur méthode de tournage.

La Classe Américaine | Le film à voir absolument

Réalisateur : M. Hazanavicius et D. Mezerette

Durée : 70 min

Pays : France / États-Unis

Année : 1993

Allociné : 4,1 / 5

La Classe américaine est un détournement culte composé exclusivement d’extraits de films Warner Bros. tournés entre 1952 et 1980, redoublés pour raconter, sur la structure de Citizen Kane, l’enquête menée sur la mort mystérieuse de George Abitbol, « l’homme le plus classe du monde ». Sa genèse relève d’une forme d’improvisation inversée : pendant quatre mois, les auteurs ont visionné sans le son des milliers d’extraits du catalogue Warner, inventant les dialogues et l’intrigue simplement en interprétant ce que les lèvres des acteurs semblaient dire à l’écran. Diffusé une seule fois sur Canal+ pour des raisons de droits, jamais commercialisé en VHS ni DVD, le film est devenu culte par le seul bouche-à-oreille et la circulation de copies pirates, porté par le doublage assuré par les voix françaises historiques de John Wayne, Paul Newman ou Robert Redford.

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Les 9 vies de Tomas Katz

Les 9 vies de Tomas Katz

Réalisateur : Ben Hopkins

Durée : 87 min

Pays : Angleterre

Année : 2000

Note Allociné : 3,1 / 5

Les 9 vies de Tomas Katz suit une entité mystérieuse qui prend possession d’habitants de Londres le dernier jour de la création, semant le chaos avant l’Apocalypse.

Tourné à Londres avec une équipe minimale et sans script fixe, le film repose largement sur l’improvisation de l’acteur Thomas Fisher, les scènes étant souvent écrites après coup à partir de prises improvisées. Cette méthode « en roue libre », mêlant expressionnisme allemand, film noir et esthétique MTV, a donné naissance à un objet filmique inclassable, salué comme une comédie loufoque apocalyptique.

This Is Spinal Tap

Réalisateur : Rob Reiner

Durée : 82 min

Pays : États-Unis

Année : 1984

Note Allociné : 3,8 / 5

This Is Spinal Tap est un faux documentaire suivant la tournée chaotique d’un groupe de hard rock britannique fictif, en déclin mais toujours persuadé de sa grandeur.

Le scénario ne comptait que quatre pages, laissant environ 90% des dialogues à l’improvisation des acteurs (Christopher Guest, Michael McKean, Harry Shearer), qui incarnent leurs personnages avec un sérieux imperturbable.

Cette approche a inventé les codes du mockumentaire moderne, au point que certains spectateurs ont cru voir un vrai groupe, et a fait du film un classique culte malgré son échec initial au box-office.

This Is Spinal Tap

Blue Jay

Blue Jay

Réalisateur : Alexandre Lehmann

Durée : 80 min

Pays : États-Unis

Année : 2016

Allociné : 3,7 / 5

Blue Jay retrace la journée que passent ensemble Amanda et Jim, deux anciens amoureux réunis par hasard dans leur ville natale de Californie, ravivant des souvenirs enfouis.

Tourné en sept jours avec un budget minimal, un casting réduit à deux acteurs et en noir et blanc, le film s’inscrit dans l’esthétique mumblecore, misant sur l’intimité plutôt que sur l’artifice. Mark Duplass et Sarah Paulson y improvisent largement leurs échanges, portant le film par la seule justesse de leur jeu, sans surenchère ni flashback.

Pour aller plus loin, découvre 8 disciplines qui pratiquent l’improvisation.

Cohérence

Réalisateur : James Ward Byrkit

Durée : 89 min

Pays : États-Unis / Angleterre

Année : 2013

Allociné : 3,7

Coherence suit huit amis réunis pour un dîner qui, alors qu’une comète passe au-dessus de Los Angeles, se retrouvent pris dans un vertige d’univers parallèles qui s’entremêlent.

Tourné en cinq jours avec un budget dérisoire, le film repose sur un dispositif inédit : les acteurs, issus du théâtre d’improvisation, recevaient chaque jour une fiche sur leur personnage sans jamais connaître le scénario global ni ce que savaient les autres. Cette improvisation encadrée par un plan précis conçu en amont par Byrkit et son coscénariste donne au film son naturel et son sentiment d’immersion, malgré quelques incohérences dans son intrigue à tiroirs.

Cohérence

Best in Show

Best in Show

Réalisateur : Christopher Guest

Durée : 89 min

Pays : États-Unis

Année : 2001

Allocine : 2,8 / 5

Best in Show est une satire mockumentaire du monde impitoyable des concours canins, suivant plusieurs propriétaires excentriques et leurs chiens jusqu’à la compétition finale. Comme dans ses autres films, Guest ne fournit ni script ni dialogues écrits, seulement une trame et le passif des personnages, laissant les acteurs (dont Jane Lynch, John Michael Higgins et Jennifer Coolidge, alors novices dans cet exercice) improviser entièrement leurs scènes pendant que la caméra tourne sans interruption.

Cette méthode, éprouvante pour les comédiens débutants dans ce format, a donné naissance à un film acclamé par la critique, salué comme un classique du genre.

Full Frontal

Réalisateur : Steven Soderbergh

Durée : 101 min

Pays : États-Unis

Année : 2002

Allociné : 3,6 / 5

Full Frontal tisse les destins croisés d’un microcosme hollywoodien réuni pour l’anniversaire d’un producteur, mêlant un film dans le film et la « réalité » des acteurs qui le tournent. Soderbergh a envoyé à ses stars un scénario accompagné de dix commandements imposant tournage en extérieurs réels, absence de loges et de restauration, et surtout improvisation encouragée, y compris lors d’interviews des acteurs sur leurs propres personnages, potentiellement intégrées au montage final. Ce dispositif minimaliste et volontairement bricolé, où alterne pellicule et DV granuleuse pour brouiller fiction et réalité, a produit l’un des films les plus déroutants et clivants du cinéaste, façon miroir grinçant tendu à Hollywood.

Full Frontal

Out 1

Out 1

Réalisateur : Jacques Rivette

Durée : 759 min (8 épisodes)

Pays : France

Année : 1971

Allocine : 3,9 / 4

Out 1 suit dans le Paris de l’après-Mai 68 deux troupes de théâtre rivales en pleines répétitions, une jeune arnaqueuse et un faux sourd-muet, tous liés en filigrane à un mystérieux groupe secret inspiré de L’Histoire des Treize de Balzac. Rivette ne fournit à ses acteurs (Michael Lonsdale, Jean-Pierre Léaud, Bulle Ogier, Bernadette Lafont, Juliet Berto) qu’un synopsis d’une page, leur laissant inventer entièrement le passé, le présent et les dialogues de leurs personnages sans jamais se concerter, dans un tournage de six semaines en plans-séquences non répétés qui a parfois viré à l’épreuve psychologique réelle. Le résultat, un film-fleuve de près de treize heures conservant hésitations et silences des comédiens, fut remonté en une version courte de 4h15 (Spectre) faute de diffuseur, avant de devenir un monument culte du cinéma en roue libre.

Une durée qui rappelle ce que le format long form explore aussi sur scène : construire un récit entier sans texte préétabli.

What We Do in the Shadows

Réalisateur : J. Clément / T. Waitit, Nicolas & Bruno

Durée : 82 min

Pays : Nouvelle Zélande / États-Unis

Année : 2014

Allociné : 3,8 / 5

What We Do in the Shadows est un mockumentaire suivant le quotidien de vampires colocataires à Wellington, entre disputes de ménage, chasse aux victimes et rivalité avec des loups-garous, sans véritable intrigue linéaire. Tourné avec un budget modeste d’1,6 million de dollars, le film adopte les codes visuels du faux documentaire (caméra épaule, zooms comiques) et repose sur des dialogues très largement improvisés par les acteurs. C’est justement ce naturel né de l’improvisation, conjugué au contraste entre le surnaturel et le trivial du quotidien, qui donne au film son humour noir et décalé, prolongé ensuite dans la série télévisée qui en est issue.

Sorti en France sous le titre Vampires en toute intimité, le film a même bénéficié d’un doublage français sur mesure avec Alexandre Astier, Fred Testot et Bruno Salomone.

What We Do in the Shadows

Climax

Climax

Réalisateur : Gaspar Noé

Durée : 93 min

Pays : France

Année : 2018

Allociné : 3,3 / 5

Climax suit une troupe de danseurs réunie pour une dernière répétition avant une tournée américaine, dont la fête d’adieu bascule dans le cauchemar après qu’ils ont été drogués à leur insu. Armé d’un scénario réduit au strict déroulé de l’histoire, Noé a fait développer par sa troupe, essentiellement composée de danseurs professionnels plutôt que d’acteurs, la quasi-totalité des scènes et des dialogues au fil d’un tournage éclair de seulement quinze jours. Cette improvisation totale, que le réalisateur revendique comme une « création collective » proche du documentaire, façonne un film aussi virtuose dans sa mise en scène (longs plans-séquences, chorégraphies vertigineuses) qu’éprouvant dans sa descente vers l’hystérie collective.

The Dirties

Réalisateur : Matthew Johnson

Durée : 83 min

Pays : Canada

Année : 2013

Allociné : 2013

The Dirties suit Matt et Owen, deux lycéens marginaux et cinéphiles, qui tournent un projet de classe mettant en scène leur vengeance fictive contre leurs harceleurs, avant que la frontière entre le film et la réalité ne s’effrite dangereusement. Tourné en found-footage dans une vraie école avec de vrais élèves, le film mêle une écriture calculée à un dialogue en grande partie improvisé sur le moment par Johnson et Williams, jouant leurs propres personnages sous leurs vrais prénoms. Cette authenticité née de l’improvisation, couplée à une caméra à l’épaule volontairement brute, donne à cette satire méta du cinéma et de la violence scolaire une crédibilité troublante qui brouille sciemment le vrai du faux.

The Dirties

She is Love

She is Love

Réalisateur : Jamie Adams

Durée : 82 min

Pays : Angleterre

Année : 2022

Allociné : 3 / 5

She is Love réunit Haley Bennett, Sam Riley et Marisa Abela dans un drame romantique resserré autour d’un seul lieu et d’une poignée de personnages, tourné en Cornouailles. Fidèle à sa méthode habituelle, Jamie Adams travaille sans script traditionnel mais avec un simple « scriptment », bouclant le tournage en une semaine et laissant les acteurs improviser entièrement leurs dialogues, une approche inspirée à la fois de Cassavetes et du mockumentaire musical Le Donk & Scor-zay-zee. Ce dispositif minimaliste, où chaque acteur doit littéralement devenir son personnage plutôt que le jouer, crée selon le réalisateur « une atmosphère originale et une énergie qui n’existent nulle part ailleurs ».

Poisson Rouge

Réalisateur : Hugo Bachelet, Clément Vallos et Matthieu Yakovleff

Durée : 100 min

Pays : France

Année : 2021

Allociné : 3,8 / 5

Poisson Rouge suit Guillaume, atteint d’une maladie neurodégénérative, que ses trois amis d’enfance embarquent dans un dernier road trip en Bretagne pour régler ses comptes avec le passé avant que la mémoire ne s’efface. Les réalisateurs ont confié les rôles principaux à la troupe d’improvisation Les AutreS (Julie Gallibert, Guillaume Darnault, Fabien Strobel, Andy Pimor), renonçant volontairement à tout dialogue écrit au profit d’un séquencier précis servant de trame, pour laisser les improvisateurs incarner et nourrir leurs personnages en toute liberté.

Tourné en seulement deux semaines après cinq mois d’écriture, avec un casting mêlant improvisateurs et comédiens confirmés comme Denis Lavant, ce choix radical de l’improvisation a permis, selon les auteurs, de gagner en spontanéité et en naturel ce que le tournage perdait en confort de préparation.

poisson rouge

À quelle heure le train pour nulle part

a quelle heure train

Réalisateur : Robin Aubert

Durée : 79 min

Pays : Canada

Année : 2009

Allociné : NC

À quelle heure le train pour nulle part suit un Québécois parti en Inde à la recherche de son frère disparu, entre chambre d’hôtel étouffante, désert et rencontres fortuites à New Delhi. Découragé par les contraintes du financement traditionnel, Aubert est parti tourner avec seulement cinq lignes de scénario, un producteur, une preneuse de son et son ami comédien Luis Bertrand, documentant en cinq semaines de road trip les déambulations et rencontres improvisées de son personnage.

Le résultat, monté par Aubert lui-même dans l’esprit du cinéma direct de Brault et Perrault, brouille volontairement la frontière entre scènes mises en scène et moments improvisés, livrant une fresque hallucinée et sensorielle plutôt qu’un récit linéaire.

125, rue des Malaises

Réalisateur : Louis Bélanger

Durée : 94 min

Pays : Canada

Année : 2026

Allociné : NC

125, rue des Malaises suit Laurent Perrier, septuagénaire en pleine forme, qui annonce à sa fille Marie-Claude sa demande d’aide médicale à mourir, ravivant en une seule journée de huis clos au chalet les tensions familiales et l’arrivée inattendue d’un demi-frère jusque-là ignoré. Tourné en secret, sans le soutien des grandes institutions et avec un scénario improvisé à 98 % par cinq acteurs chevronnés (Rémy Girard, Geneviève Schmidt, Pier-Luc Funk, Claude Legault, Guylaine Tremblay), le film a été bâti scène après scène à partir de personnages que chacun avait construits en amont, dans la lignée revendiquée de Cassavetes, Varda ou Godard.

Cette liberté totale, portée notamment par l’expérience de Pier-Luc Funk à la Ligue nationale d’improvisation, permet à cette comédie dramatique d’aborder un sujet grave avec un humour jamais moqueur, façon « politesse dans l’adversité ».

125 rue des mailaises affiche louis belanger 2026

Apnée

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Réalisateur : Jean-Christophe Meurisse

Durée : 89 min

Pays : France

Année : 2016

Allociné : 2,9

Apnée suit un « trouple » insoumis, Céline, Thomas et Maxence, à travers une France suffocante, où le désir de mariage, de maison et d’enfants se heurte sans cesse à l’absurdité administrative et sociale. Issu du collectif de théâtre Les Chiens de Navarre, Meurisse ne fournit à ses acteurs qu’une situation et un cadre de jeu pour chaque scène, jamais de dialogues, les laissant improviser leurs propres mots pendant de longues prises de 30 à 40 minutes jusqu’à ce qu’ils oublient la caméra. Cette improvisation extrêmement travaillée en amont, comparée par le metteur en scène à du jazz où des solistes composent ensemble à l’instant, donne naissance à ce road-movie féroce et loufoque, sélectionné à la Semaine de la critique à Cannes.

Eldorado

Réalisateur : Charles Binamé

Durée : 108 min

Pays : Canada

Année : 1995

Allociné : 3,5

Eldorado suit six jeunes trentenaires paumés de Montréal, entre rollerblades, squats et désillusions, cherchant un sens à leur vie durant un été 1994 étouffant. Tourné caméra à l’épaule dans l’esprit du cinéma-vérité, le film a été conçu sans dialogues écrits: les comédiens (Pascale Bussières, Robert Brouillette, James Hyndman, entre autres) ont improvisé l’intégralité de leurs répliques devant la caméra, au point d’être crédités eux-mêmes de l’écriture du « scénario ». Portrait novateur d’une génération en quête de repères, le film a rencontré un vrai succès public (plus de 85 000 entrées), reçu huit nominations aux Prix Génie et une mention spéciale à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes.

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