Exercice  ·  Écoute & Concentration

Le silence qui parle

Deux joueurs assis face à face improvisent une scène entière sans un mot, en ne s'échangeant que des regards et des silences chargés d'intention.

Type Exercice
Public Tous publics
Niveau Tous niveaux
Format Duo
Durée 10–20 min
Parole Sans parole
Énergie Calme

Déroulé de l'exercice

📋 Comment le mener

Deux chaises sont placées face à face, chacune à une extrémité du plateau. Le reste du groupe s’installe en public. L’objectif est simple à énoncer et difficile à tenir : jouer une scène complète sans prononcer un seul mot, en échangeant des silences comme on échangerait des répliques.

Avant le premier passage, l’animateur pose la distinction fondamentale entre deux immobilités. Le figement est un réflexe de stress : le corps se raidit, le regard se vide, le joueur attend que ça passe. La pause présente, à l’inverse, est une immobilité détendue mais en alerte, comme un félin aux aguets. C’est celle-là qu’il faut cultiver.

Le déroulement se fait ainsi :

  1. Deux joueurs s’assoient. Pendant quelques secondes, ils prennent le temps de respirer, de sentir leur poids sur la chaise et de trouver le regard de l’autre.
  2. Chacun se donne en secret une pensée forte adressée au partenaire (« Je sais ce que tu as fait », « Pardonne-moi », « Pars d’ici ») et la fait exister dans sa tête, mot après mot, sans jamais la dire ni la mimer.
  3. La scène démarre. Le premier changement, même infime, chez l’un doit provoquer une micro-réaction chez l’autre : un souffle, un redressement, un froncement, un regard qui fuit puis revient. C’est le principe de l’onde : tout ce qui se passe chez A traverse B.
  4. Les joueurs laissent chaque proposition « descendre » dans leur corps avant d’y répondre. Le rythme est lent, la tension monte par accumulation.
  5. Le passage dure trois à cinq minutes. L’animateur coupe quand la scène a trouvé sa fin ou quand la tension retombe.
  6. Débrief rapide avec le public : qu’avez-vous vu ? Quelle relation ? Qui dominait ? À quel moment ça a basculé ?

La règle d’or tient en cinq mots : plus d’attention, pas plus d’actions.

Adaptations

🔀 Variantes & Adaptations

Variante 1 — Le statut imposé
Avant le passage, l’animateur glisse discrètement à chaque joueur un status : haut ou bas. Le status haut tient un regard direct, stable, immobile ; le status bas multiplie les regards furtifs, incline la tête, fuit puis revient. Le public devine ensuite qui avait quoi. Cette variante rend le travail du regard très lisible et prépare directement le jeu de status à la Johnstone.

Variante 2 — Le premier mot
Après trois minutes de silence, l’un des deux joueurs a le droit de dire une seule phrase, puis la scène se termine. Le groupe observe combien cette phrase, portée par tout le silence qui précède, pèse plus lourd que dix répliques. Belle porte d’entrée pour parler d’économie de texte.

  • Présence : rester pleinement vivant dans une immobilité totale, sans se figer ni s’agiter, pour découvrir que le corps « parle » même quand il ne bouge presque pas.
  • Regard : faire du contact visuel le seul canal de la scène, et sentir combien un regard tenu, fui ou repris raconte une relation.
  • Écoute active : capter les micro-mouvements du partenaire (souffle retenu, buste qui se redresse, sourcil qui bouge) et y répondre en sourdine plutôt que de proposer dans le vide.
  • Statut : incarner un rapport de force uniquement par la stabilité ou la fuite du regard, l’inclinaison de la tête et la posture.
  • Intentions : nourrir un monologue intérieur permanent adressé au partenaire, pour que chaque réaction physique soit justifiée par une pensée forte.
  • Traque le bavardage physique. Dès qu’un joueur grimace, agite les mains ou se met à mimer une situation pour « expliquer », coupe-le à chaud : « Arrête de mimer, garde le visage et les mains calmes. » Le mime d’illustration tue le sous-texte.
  • Distingue le figé du présent. Un joueur paralysé se reconnaît aux épaules montées et au regard vide. Lance-lui « Relâche tes épaules, respire par le ventre, sois disponible pour ton partenaire » plutôt que de le laisser s’enfoncer.
  • Ralentis, toujours. Les joueurs ont tendance à accélérer leurs réactions pour remplir le vide. Rappelle-leur que le silence charge l’espace tout seul, et qu’une réaction qui arrive deux secondes plus tard est souvent plus juste.
  • Ne cherche pas l’histoire. Si le groupe demande « mais qu’est-ce qui se passait ? », recentre : l’exercice ne raconte pas une intrigue, il fait exister une relation. La vérité est dans la tension, pas dans le scénario.

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