Mort subite d’un homme-théâtre | Robert Gravel se raconte
Ce documentaire de Jean-Claude Coulbois dresse le portrait de Robert Gravel, comédien, auteur et metteur en scène québécois, cofondateur du Nouveau Théâtre Expérimental et surtout père de la Ligue Nationale d’Improvisation et du Match d’impro. Le tournage démarre au printemps 1996, autour de son dernier match à la LNI et des répétitions de sa dernière pièce, Thérèse, Tom et Simon. Gravel meurt d’un infarctus l’été suivant, à 51 ans : le film est bâti à partir de ce qui est sans doute son dernier entretien, d’extraits de ses pièces et des témoignages de ses proches de scène. On y suit sa vision du théâtre : le « non-jeu », le refus du spectaculaire, l’hyperréalisme et un profond irrespect des conventions.
Pour entendre l’inventeur du Match d’improvisation parler de son art avec ses propres mots. Gravel ne théorise pas dans le vide : il parle de présence, de « thrill », de ce vertige juste avant d’entrer en scène, de renouveler chaque soir pour que ça reste « électrique ». Tout ce qu’il dit sur le jeu, la liberté et la gang résonne directement avec ta pratique d’impro : c’est une source aux racines mêmes de la discipline.
- Tu improvises et tu veux remonter aux origines du Match d’impro, comprendre d’où vient vraiment cette forme que tu pratiques
- Tu cherches à nourrir ton jeu autrement que par des exercices, en creusant la présence, l’écoute et le naturel
- Tu aimes les figures qui bousculent les codes et tu veux voir un théâtre pensé comme un laboratoire vivant, pas comme un chef-d’œuvre à admirer en silence
- Le « non-jeu » : chercher un jeu naturel, proche de la vraie vie, sans la tension et la projection habituelles. Laisser le public franchir la rampe plutôt que de la lui imposer.
- L’irrespect comme moteur : Gravel travaille surtout « l’irrespect du comédien », quitte à aller fouiller dans le laid et le difficile, pour faire sauter les certitudes apprises au Conservatoire.
- Le thrill et le « no man’s land » : cette incertitude, ce déséquilibre juste avant de commencer, il faut la garder vivante chaque soir : « il faut que ça soit électrique ».
- Désacraliser le spectacle : le principe du caoutchouc (chausson) et du vote du public renverse le rapport classique : le spectateur participe et décide de l’issue.
- La rigueur dans le plaisir : on peut travailler sérieusement tout en s’amusant ; les « rondes de bénédictions » avant le show, et si quelqu’un est malheureux, tout s’arrête.
- La gang comme famille choisie : rassembler des gens, les rendre amoureux d’un projet, et se contaminer mutuellement de cette joie.
- La liberté d’abord : rien d’interdit, rien de tabou, « il faut le faire avant de dire que c’est pas du théâtre ».
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